Le titre

“Les embiernes commencent...” utilise le vieux mot lyonnais “embiernes” qui désigne, on le comprend facilement, les tracas et les ennuis... les emm..
On aurait pu intituler aussi cette suite de séquences : “Embiernes et patrigots” qui veut dire ennuis et commérages, ou “Ah ! Vouatt !” à intonation dubitative, qui veut dire “tu parles !” en “Yonnais”.
Ou encore “Manquâblement” très utilisé avec l'accent lyonnais alourdissant le a.
Guignol et ses comparses
Qui connaît vraiment Guignol ?
Le personnage de Guignol est aussi connu que méconnu, comme celui de Polichinelle.
Chacun a la vague image d'un personnage marron et sympathique, qui procure depuis deux cents ans l'illusion politique d'un franc-parler à certains lyonnais.
Pour d'autres, il se réduit à celui d'un “ami des enfants”, frondeur et gentil, justement peu susceptible de les intéresser.
Il n'a d'ailleurs pas été créé pour eux en 1808 !
En réalité, très peu de gens connaissent le théâtre Guignol, et les textes méritent une analyse critique - littéraire, historique et politique - avant d'être montés.
Beaucoup sont inédits, mais sont souvent des variations de textes antérieurs, pour adapter l'histoire aux moyens technique de la troupe, ou pour introduire un petit air à la mode en changeant les noms et les métiers des personnages.

Les rituels de la marionnettes – février 2003

Comme le fait remarquer Godart à propos du cinéma, et ce par rapport à la télévision, le spectateur est assis en contrebas la tête levée, comme lors du prêche en chaire, l’orateur étant à la tribune… au tribunal…
Le spectateur, (comme le prévenu ! ) est en disposition «cervicale» d’étonnement, d’admiration, mais aussi d’impatience et de déception d’autant plus amère qu’il est placé plus bas que l’apparition qu’il attend lui-même, en situation d’infériorité.

Note d'intention d'Emilie Valantin

Qui sont-ils?
Tout un monde d'opprimés et de mécontents chroniques...
Il faut sélectionner, couper et surtout redonner à certains - Gnafron, Madelon, Cadet, le Notaire, la concierge, le Parisien, le Bailli... et surtout “le Propriétaire” - l'importance significative qui permet à Guignol d'exister concrètement, dans les textes d'hier susceptibles de nous intéresser aujourd'hui.
Guignol est toujours “fauché”, d'où ses mésaventures inépuisables pour s'en sortir, face au Propriétaire en particulier, et à toute perspective de rentrée d'argent en général (héritage, récompense inattendue, loterie, etc...) d'où ses échappées désinvoltes dans le mot pour rire...
Le "je m'en foutisme" comme dérobade et résistance de perdant.
On peut cependant comprendre le bon mot, ou le refuge final dans la bouteille et le repas réconciliateur comme une dérobade à la prise de conscience politique, voire à l'action... Le soi-disant “franc-parler” s'en tient là...
Guignol et la politique
Le théâtre Guignol est donc récupérable par les pensées les plus molles, voire les plus conservatrices. Il a pu devenir un théâtre de société bourgeois, misogyne, raciste et xénophobe dont les termes surprendraient ceux qui imaginent l'amorce d'une pensée marxiste ou “sociale” dans ce répertoire. C'est dans la Presse lyonnaise plus que dans le Théâtre que Guignol sera le porte-parole des mouvements prolétaires affirmés (et nommés comme tels) à Lyon dès 1834 grâce aux organisations ouvrières des canuts ; Guignol est récupéré par la bourgeoisie lyonnaise quand Antoine ou Gémiers jouent à Paris devant les cercles ouvriers, et quand se construit le Théâtre du Peuple à Bussang.
Réalités instructives à méditer à l'occasion de ce Bicentenaire 2008...
Notre fréquentation des textes nous amène par honnêteté intellectuelle à saluer la plume d'Emile Pellissier, auteur de “la Brouille” au concours 1929 des Amis de Guignol... qui se proclame royaliste et récupère Guignol et Gnafron contre la III° République dans des scènes, il est vrai, très enlevées, mais nauséabondes (le Balcon de Guignol). Le répertoire des parodies d'Opéra relève aussi d'un apparent apolitisme dit “bien-pensant”, qui recouvre des sympathies ultra conservatrices...
Bien éloigné de ce qu'on attend de Guignol.
Cependant Guignol résiste...
Comme ceux de Feydaux, Labiche, Meilhac et Halevy, Courteline ou Mirbeau, certains textes de Guignol tiennent la route, j'en vois deux raisons :
1°) Leur singularité linguistique associée à la revendication d'appartenir à un territoire borné, dans tous les sens du terme... Naïveté vaut insolence.
Le parler lyonnais divertit la Francophonie entière... comme le prouvent certains épisodes de Kamelott, et Guignol fascine à l'étranger !
2°) La récurrence des protagonistes. On suit ces derniers d'histoire en histoire. Ce sont les héros d'une série dont on savoure le concept. On s'enfonce avec eux dans un scénario convenu, qui finira bien, comme les enfants dans le conte ressassé; il y a là une régression..
Ou une parodie de catharsis ...
Nous aurons à coeur de présenter des moments de ce répertoire qui évolue sur deux siècles, en regrettant de ne pouvoir jouer les fondamentaux (le Déménagement par exemple, Les frères Coq, le pot de confiture, etc. qui mériteraient un spectacle à eux seuls) pour mieux faire comprendre notre sélection.